Label France Santé : premiers retours des MSP d’Île-de-France

5 mai 2026

La fin de l’année 2025 a été marquée par le lancement du label France Santé. Le principal objectif affiché de ce dispositif est de garantir à tous les Français une offre de soins de proximité accessible en 48 heures. Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) sont éligibles à cette labellisation, comme les centres de santé et les cabinets médicaux. Lors de la première vague de labellisation en décembre 2025, cinquante MSP d’Ile-de-France sont entrées dans le dispositif. Dans ce contexte, le siège de l’Agence Régionale de Santé a confié à la FémasIF une mission d’accompagnement des MSP labellisées. 

Durant les premiers mois de lancement, la FémasIF a souhaité recueillir les retours de plusieurs de ces MSP (adhérentes ou non à la FémasIF) afin de mieux comprendre leurs perceptions et leurs premières expériences avec ce label. Un questionnaire et des échanges téléphoniques ont été proposés aux MSP labellisées et nous permettent aujourd’hui d’apporter quelques éclairages sur la dynamique en cours. Vingt-et-une MSP ont répondu à cette sollicitation, soit un taux de participation de 42%. 

Les témoignages recueillis mettent en évidence une forte mobilisation des acteurs institutionnels dans le déploiement du dispositif. Dans la majorité des cas, les MSP interrogées indiquent avoir été sollicitées directement par les délégations départementales de l’ARS Ile-de-France pour cette première vague de labellisation. A la marge, certaines MSP évoquent également avoir été sollicitées par leur CPAM, leur CPTS ou encore leur municipalité. Une seule MSP interrogée indique s’être manifestée par elle-même pour être intégrée au dispositif. Les DD ARS – pilotes du recrutement dans les départements – ont donc joué leur rôle malgré de fortes contraintes d’agenda imposées par le ministère. Dans la plupart des départements, elles ont réussi à collaborer avec les CPAM qui assurent le pilotage des ACI.

Les structures répondantes ont également été interrogées sur les raisons ayant motivées leur participation au dispositif. Par leurs réponses, les MSP nous permettent de distinguer trois motivations majeures à la labellisation

  • un levier d’amélioration de l’accès aux soins sur leur territoire (exemple : via l’accueil de jeunes médecins, le recrutement de médiateur en santé et de secrétaire, …)
  • l’opportunité de financer de nouveaux projets et de consolider des actions existantes
  • une reconnaissance institutionnelle du travail déjà réalisé (du fait d’avoir été identifiée et sollicitée par les acteurs institutionnels notamment)

Bien que les équipes interrogées aient exprimé un intérêt pour le dispositif, un tiers d’entre elles indiquent tout de même avoir pris leur décision avec une visibilité encore partielle sur les modalités de mise en œuvre et les obligations qui vont leur incomber

Les critères permettant à une structure de soins d’être labellisée sont les suivants : 

  • la présence d’un.e médecin généraliste disposant d’une patientèle médecin traitant
  • la présence d’un.e infirmier.e, au sein de la structure ou à proximité
  • une ouverture au public au moins cinq jours par semaine
  • l’absence de dépassements d’honoraires
  • la capacité à proposer un rendez-vous dans les 48 heures lorsque l’état de santé du patient le nécessite ou à le réorienter (en lien par exemple avec le Service d’Accès aux Soins)

Si les MSP labellisées répondent déjà aux quatre premiers critères, c’est le dernier concernant les propositions de rendez-vous sous 48 heures qui suscite des réactions contrastées. En effet, certaines organisations de MSP mettent déjà en place cette modalité d’offre de soins. Pour d’autres, des ajustements seront à opérer, notamment par une participation au Service d’Accès aux Soins (SAS). Certaines se questionnent sur une potentielle obligation à accueillir les patients non suivis dans la MSP, ou sans médecins traitants, et expriment des limites quant à leur capacité à absorber une demande supplémentaire. 

“Nous le faisons déjà pour notre patientèle médecin traitant […] il ne nous sera par contre pas possible d’absorber les SNP [soins non programmés] de patientèle autre ou sans MT [médecins traitants]”

“Dispositif déjà en place, avec tri des rendez-vous fait sur place et participation au SAS”

“Augmenter le nombre de MG [médecins généralistes] de la MSP”

Au sujet des autres critères, la question du délai autorisé pour remettre à niveau un critère devenu insatisfait est également posée. Par exemple : si l’infirmière quitte la MSP, de combien de temps dispose l’équipe pour recruter une nouvelle infirmière sans perdre la labellisation ?

➡️ De manière plus générale, les MSP expriment avoir besoin de précisions, notamment sur les obligations et engagements que ce label implique, tant dans sa forme actuelle que dans les potentielles évolutions futures. 

Certaines équipes indiquent qu’elles prendront réellement la décision d’être labellisées ou non lorsqu’elles auront reçu davantage d’informations. Ces précisions devraient être apportées à l’issue des négociations ACI, dont la conclusion est prévue par la Cnam en mai prochain.

“Permet des financements donc impact positif, mais une obligation du fonctionnement de la MSP ne sera pas tolérée par l’équipe“

La question du financement constitue également un point d’incertitude chez les MSP répondantes. La plupart d’entre elles n’ont pas eu d’informations à propos d’un montant ou d’une date de versement. A ce stade, seules trois équipes mentionnent avoir échangé avec leur DD ARS au sujet d’un potentiel montant. 

Malgré ce manque de visibilité, lorsque les équipes de MSP se projettent dans l’utilisation de cette enveloppe, elles évoquent plusieurs pistes d’actions :

  • développement des projets à destination des patients de la MSP. Par exemples : recrutement d’un médiateur en santé, projet d’implication des usagers, renforcement de l’accès aux soins pour les personnes précaires, développement de l’éducation thérapeutique du patient, mise en place des recommandations suite à une enquête de satisfaction sur l’accueil des patients
  • amélioration du local de la MSP et acquisition d’équipements. Par exemples : travaux d’agrandissement / de réaménagement, achat de matériel médical (ECG, holter, micro-CRP)
  • renforcement du fonctionnement de l’équipe. Par exemples : recrutement d’une secrétaire, intégration d’une diététicienne

Les usages envisagés traduisent principalement une volonté de consolider le fonctionnement déjà en place, et de développer des projets déjà identifiés par les équipes. Le label semble donc être appréhendé par les équipes comme un moyen de pérenniser leur structure, sur les bases du cahier des charges MSP, et au-delà du financement ACI.

“Une bouffée d’air car nos charges sont trop importantes”

“Nous attendons de voir quelles sont les conditions réelles de participation”

“Cette enveloppe viendrait compléter l’utilisation faite de l’enveloppe ACI / financement des RCP, projets de soins de la MSP et de la vie de la MSP (questionnement autour de l’emploi d’une secrétaire médicale notamment)”

“Une partie de l’enveloppe sera attribuée au développement du projet de santé avec notamment la mise en place d’une politique d’implication des usagers et d’actions d’accès aux soins pour les publics précaires. L’autre partie sera attribuée au fonctionnement de la MSP”

Enfin, lorsqu’on les interroge sur les impacts supposés de ce dispositif sur la vie et l’organisation de leur équipe, la grande majorité des MSP (18/21) indiquent ne pas disposer d’assez d’informations à ce jour pour nous apporter des éléments de réponse concrets. Trois MSP soulignent tout de même que ce dispositif permettra une amélioration de l’accueil des patients avec une meilleure fluidité des parcours et la mise en place de nouveaux projets.

“Pas de changement selon nous”

“Cela va mobiliser l’équipe sur un ou des nouveaux projets”

“C’est encore trop flou”

“Impact fort avec recrutement d’un médiateur en santé”

En 2026, le déploiement du réseau France Santé devrait se poursuivre avec la labellisation de 2 000 structures, en s’appuyant sur une enveloppe nationale de 50 millions d’euros. Une seconde vague de labellisation devrait donc avoir lieu cette année certainement après les négociations conventionnelles en cours, vraisemblablement à partir de juin. 

Dans ce contexte, la FémasIF restera attentive et poursuivra son travail d’observation et d’accompagnement des équipes pour leur permettre de s’approprier ce nouveau cadre.

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